Je soupçonne les availlais d'antan et d'ailleurs d'être dysosmiques tendance anosmie. Comment expliquer sinon que jusqu'en 1776, on enterra si peu profond et si nombreux dans nos petites églises, ces malheureux cadavres que les dalles soulevaient ? Comment expliquer sinon que l'on laissa probablement ici comme ailleurs les fosses communes des cimetières, où étaient entassés les cadavres, ouvertes. Oui, ouvertes, j'ai écrit ouvertes parce que je l'ai lu !
D'accord il y avait de nombreuses autres odeurs de saleté : les fosses d'aisance en particulier, quand on ne déféquait pas à même le sol de la maison (oui j'ai écrit le sol de la maison) comme il est dit dans certaines archives du Poitou.
Les miasmes, l'air méphitique, les odeurs fétides, la grande puanteur... La palette des arômes qualificatifs est large et le temps est long pour aboutir aux hygiénistes et à leur crédo : "Toute odeur est maladie"
Depuis ce jour-là , progressivement, d'eau de cologne en "sent-bon", de cyprès en épices, de petite toilette en bains publics, les descendants de ces vaillants poitevins vivent une époque anosmique. Plus d'odeur, on ne veut plus d'odeur ! De savants produits promettent même de tenir notre transpiration à distance intergalactique pendant au moins 48h, au même titre que la litière du chat. La mort est ventilée, la mort est refroidie, la mort est maquillée. Même les fumées de la crémation sont sans odeur.
Bref...
1776, fini d'inhumer dans les églises et on est prié de creuser profond !
"Le 10 mars 1776, une déclaration royale interdit l'inhumation dans les églises, «à l'exception des archevêques, évêques, curés, patrons des églises et fondateurs des chapelles», à condition pour eux de construire dans les églises et chapelles des caveaux de 72 pieds carrés (environ 8 m2), pavés de grandes pierres tant au fond qu'à la superficie, et que les inhumations soient faites «six pieds en terre au-dessous du sol intérieur».
A Availles comme à Prinçay, la liste des inhumations dans les églises est incomplète, puisque mes relevés détaillés s'arrêtent en 1726 ( je vais reprendre et/ou vous allez m'aider). Je suis allée jeter un oeil sur les registres des années suivantes, pour tenter de savoir si chez nous, des libertés furent prises avec l'ordonnance de Louis XVI .
A Prinçay :
On inhume dans l'église en 1742, 1759, 1760. Anne DEGENNE en 1767, Jean LE DAY la même année, Jean HENIN, l'année suivante. Combien de temps restent-ils sous les dalles ? Opère-t-on une évacuation sanitaire, salutaire au bout de quelques mois ? Je ne sais pas. Le dernier semble être le curé François MARQUET le 22 mars 1776. Par conséquent, sauf omission de ma part, on applique le règlement.
A Availles :
On inhume Jean DEGENNE en 1767, Antoine GRANDIN en 1768, Ester PROUX en 1771, et enfin Honorée PAILLE en 1773.
Ici aussi, le règlement est appliqué.
Ouf !!
Lien vers le tableau des inhumés dans l'église
Je vous laisse flâner au cimetière des Innocents de Paris raconté par Louis Sébastien Mercier (1740-1814). N'oubliez pas de mettre un masque...
AD86
Le cimetière par Bernard Odoux
Naissance vie et mort des cimetières par Pascal Moreau
La pollution par les cimetières urbains par Olivier Zeller


Raconté de bien belle façon et très instructif ! J'adore !
RépondreSupprimerMerci Nat ! Ces lectures difficiles ont changé le regard que j'avais sur les funérailles d'antan. C'est bon à savoir pour se mettre dans le contexte.
SupprimerVoilà donc l'origine de l'expression "6 pieds sous terre"! Merci Gloria 😊
RépondreSupprimerCe sont des sujets que l'on n'approfondit pas si j'ose dire. Je suis épatée du nombre de publications fort scientifiques et passionnantes à lire.
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