C'est bien gentil d'adopter la généalogie des autres, mais pour les Sosa les plus proches on manque cruellement de souvenirs personnels, c'est frustrant. Ils sont comme ça les descendants des grands arbres, ils racontent peu. Ils n'ont pas besoin sans doute, pas besoin de transmettre, pas besoin d'alimenter la gourmandise de ceux qui cherchent pour eux.
Du 3 mars 1976, je n'ai aucun souvenir, c'est normal, je n'étais pas encore la moitié de mon Godard. Heureusement que la presse régionale est là. Heureusement que la grand-mère Sarrazin après avoir enterré bonhomme a gardé précieusement le souvenir de ce jour particulier.
C'est la meilleure histoire de chasse de la famille, et peut-être bien la meilleure histoire de chasse d'Availles. A coup sur, la plus souriante histoire d'enterrement du village.
Le père Sarrazin était mort chez lui, le samedi 28 février 1976 à 84 ans. Chez lui c'est ici, dans ma maison. Le mardi suivant, après la messe, on l'enterra au petit cimetière de Prinçay.
Ce jour-là c'était jour de chasse à courre au château de Chitré, tout proche. A l'époque, c'était courant comme exercice. Le grillage n'entourait pas encore la propriété des chatelains, les chemins des bois étaient empruntés par tout le monde et le gibier s'échappait à sa guise.
Il y avait surement du monde autour de Georges-Alfred, car tout le monde l'aimait.On le disait joyeux, souriant, bon vivant, espiègle.
Ce jour-là, le père Sarrazin n'allait pas bien loin. Entre sa maison et l'église, il suffit de traverser le chemin et entre l'église et le cimetière, il y a grosso-modo 200m...
Déjà, rien que ça donne aux enterrements de Prinçay, un goût à part. La mort y serait-elle plus douce ?
Ce cimetière est tout petit, et pas question de l'agrandir. On le garde comme ça, on a fait un peu de place en 2009, mais on a gardé l'essentiel des tombes les plus anciennes. On se serrera.
Contrairement à son épouse, Georges Alfred n'était pas d'Availles. Il vient de Senillé où il est né le 3 février 1892. Son père Alfred vient de Pleumartin et son grand-père de Chenevelles où il fut garde-champêtre. Son arrière grand-père Louis est né à Archigny, il était sacristain comme le fut son père à Chenevelles. Les Sarrazin on les suit à Leigné-les-Bois et on les perd à Saint-Sauveur. Un tout petit périmètre.
Mais revenons à Georges Alfred. Il quitte Senillé à 14 ans pour devenir valet au château de la Cataudière, au service des Creuzé de Rotrou. Il emporte un buffet, dans lequel il met toutes ses affaires. C'est Nanou, sa petite-fille, qui garde cet objet de mémoire. Il aimait bien son patron le père SARRAZIN, il n'en a dit que du bien. Au château, il va rencontrer sa belle, Renée Roy qui y est aussi domestique.
La guerre arrive et Georges-Alfred part. Poilu des Dardanelles, il a la chance de revenir, et n'a plus de temps à perdre,
En 1919, il épouse Renée et reprend sa vie à Prinçay tout en continuant à travailler pour la Cataudière. De domestique, il devient cultivateur. La famille vit dans la grande ferme en bas de Prinçay, ici on l'appelle la ferme Maingault.
Ginette nait en 1923 et Jacques en 1927.
Les Sarrazin achètent aux châtelains en 1933, la maison dans laquelle je vis, en face de l'église en haut du village, celle qui a la plus belle vue sur la vallée et sur le château.
Ils s'y installent en 1939.
Georges-Alfred est aussi viticulteur et fera, annuellement, quelques hectolitres d'une piquette mémorable. On dit que pendant que Renée était à la messe (où elle avait prie-dieu à son nom), Georges-Alfred dans la maison face à l'église, ouvrait sa cave aux épousés de ces dames qui s'asseyaient, eux, sur les tonneaux. Il parait qu'on rigolait fort dans la cave du grand-père.
Pendant la seconde guerre mondiale, le petit peuple de Prinçay héberge des réfugiés mosellans, subit l'occupation allemande et tente de garder ses vélos...
A la libération, en 45, le grand-père Sarrazin est sur la liste électorale d’opposition dite "Liste républicaine des intérêts communaux" qui échoue mais envoie malgré tout deux représentants au conseil municipal : Emmanuel Girault et Olivier Gabillas. Maurice Treuille reste maire d'Availles.
Georges-Alfred n'évoquait jamais cette aventure électorale et elle était effacée de la mémoire familiale. Seules les archives communales ont permis de dévoiler cet épisode de la vie du grand-père.
Une belle vie, simple. Georges-Alfred Sarrazin était juste quelqu'un de bien.
Quand même, ça a du être une sacrée pagaille quand le cerf des Bois de Prinçay s'est invité aux obsèques, suivi de tout le beau monde de Chitré à cheval ! Lisez plutôt !
Mais qui donc a prévenu la presse ?






J'ai beaucoup aimé ce billet hommage tout en pudeur ! Le dénouement est improbable (même s'il fait malheureusement sombrement écho à l'actualité).
RépondreSupprimerQuel beau récit et quel beau dénouement... dans une si belle maison 😊
RépondreSupprimerMerci Christelle et Odile. Ce billet vient dans une actualité difficile en particulier dans la Vienne. J'espère qu'il permettra de mettre de la nuance dans les jugements hatifs d'aujourd'hui qui englobent tous à partir de quelques uns.
RépondreSupprimerJ'ai grandi banlieue Est, la chasse je ne connaissais pas. Et puis j'ai rencontré mon beau-père, il racontait la chasse à merveille. Il aimait ça. C'était un peu le père de Marcel Pagnol à sa manière. A l'époque, il vivait à Paris et venait manger son gibier chez mes parents, banlieue Est. C'est ma mère qui cuisinait. Elle n'avait jamais vu un quartier de sanglier de sa vie, ma mère. Mais pour nous, pour qu'on fasse bien famille, elle s'est mise à cuisiner le gibier, et moi aussi et à plumer les faisans. Et à coté, deux viandards s'apprivoisaient : le fumeur de gitanes écoutant les histoires de chasse du fumeur de Havane ;)
Je suis fille et soeur de chasseur donc je ne porte pas de jugement non plus. Ce qui s'est passé est incompréhensible...
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