Cette affiche, datant de 1942, représente la
campagne de recrutement de travailleurs Français, par le gouvernement de Vichy,
jouant sur le chômage (artificiellement créé par la privation des usines de leurs
matières premières), au motif honteux de la relève des prisonniers en
Allemagne. En réalité, il s’agissait de compenser le manque de main d’œuvre
allemand dû à l’envoi de ses soldats sur différents fronts. Chantage ignoble
rapidement démenti par la mise en place de la déportation forcée au travail
avec la loi du 04 septembre 1943 qui stipulait ceci : Toutes les personnes, de sexe masculin de plus de 18 ans et de moins de
50 ans et toutes les personnes de sexe féminin de plus de 21 ans et de moins de
35, peuvent être assujetties à effectuer tous travaux pour l’Allemagne que le
gouvernement jugera utiles et ce dans l’intérêt de la Nation.
A la fin de
la guerre, cette situation a
créé un amalgame délétère entre les volontaires au STO (150 000 environ)
qui sont partis pour gagner leur vie ou faire revenir un proche parent et les
requis au STO.
Ainsi donc,
par une négociation entre Berlin et Vichy, 600 000 Français (et étrangers) seront
envoyés de force en Allemagne nazie au titre du Service du Travail Obligatoire.
Près de 250 000 réfractaires réussiront à se cacher dont 40 000 maquisards.
Néanmoins, tous les réfractaires ne sont pas devenus maquisards de même que
tous les Français ne se sont pas immédiatement rebellés contre cette nouvelle
forme de servage. Il n’est guère de famille qui n’ait au moins un membre
concerné, directement ou non, par cet exil forcé. Après l’URSS et la Pologne,
la France fut le troisième pays fournisseur en main d’œuvre, avec la
particularité que ce furent des lois françaises qui obligeaient les requis à
partir. Par la suite, à l’inverse de la Résistance, le STO fut un sujet
sous-traité, peu commémoré, car le sort de ses victimes fut considéré moins
glorieux que les Résistants, moins tragique que celui des Juifs et moins
compromettant que celui des collaborateurs.
La France a donc
participé à la plus grande entreprise d’esclavage moderne en collaboration
étroite avec l’occupant. Faut-il rappeler qu’elle fut le seul pays de l’Europe
Occidentale qui a promulgué des lois pour livrer, sans aucune protection, 600
000 Français à l’occupant nazi ?
Jean Chaise,
Président de la Fédération Nationale des victimes et rescapés des camps nazis
du travail forcé et d’un périodique historique « Le Proscrit »
disait, dans le numéro 81 : Avant
que les derniers survivants de cette période noire, que la France veut ignorer,
ne disparaissent nous devons tout faire pour que l’oubli ne couvre pas ce crime
commis délibérément par un gouvernement provisoire. Il
ajoutait : « Avec nos faibles forces, ce sera notre dernier
combat. »
A noter qu’avant
fin février-mars 1943, dès octobre-novembre 1942, des ouvriers de la Manufacture
d’armes de Châtellerault, de chez Rocher à Cenon et autres usines en lien avec
l’armement, ont été réquisitionnés avant le véritable STO, dans le cadres des
réquisitions dites SAUCKEL. Ces jeunes étaient considérés comme des requis STO que
l’on peut nommer « les premiers STO ». Parmi les 504 ouvriers de la
Manu concernés, certains était « peut-être » originaires de Availles
en Châtellerault.
Mes recherches ont donc commencé aux
Archives Départementales de Poitiers, sur le fichier du Recensement du STO
123W, en vue de retrouver les
jeunes de Availles-en-Châtellerault de 21 ans, classe 22, requis au départ effectif de février-juin
1943.
Comme je
souhaitais axer ma recherche sur le lien entre Résistance et STO, j’ai centré
ma prospection sur ceux qui ne sont pas partis, à savoir : les
réfractaires, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas présentés.
- Où
se sont-ils cachés ?
-
Avec quelles aides ?
-
Ont-ils été recherchés ?
-
Si oui par qui ?
-
Ont-ils été dénoncés ?
-
Y-a-t-il eu des arrestations ?
Répondre à ces
questions prenait une allure d’enquête nominative que j’ai abandonnée
s’agissant plus de donner des clés et des pistes afin qu’il soit plus facile
aux descendants intéressés de retrouver des informations.
Cet abandon m’a
amenée à rencontrer un survivant de la Résistance et du STO, un Châtelleraudais
96 ans dont je présenterai le parcours au Bistrot du Patrimoine de
Availles-en-Châtellerault, le 06 décembre 2018.
D’une manière
générale, les victimes du STO ne se sont posées ni en héros, ni en martyrs,
seulement en ce qu’ils sont et ont été, à savoir : « des Victimes de
la Déportation du travail », par une politique nazie d’asservissement de
la main-d’œuvre, avec la complaisance du gouvernement de Vichy.
Marie-France
Rothé
Bibliographie :
Fédération Nationale Des Victimes et
Rescapés Des Camps Nazis Du Travail Forcé : Un Livre Blanc Sur Une Période Noire, Paris, 1987
Op. Cit : Le Proscrit, no 81, Paris, décembre 2017
Raphaël Spina, Histoire du STO, Paris 2015, Editions Perrin,
introduction générale

Effectivement, le STO ne fait pas partie des sujets historiques mis en avant. J'espère que vous pourrez continuer vos recherches. Merci d'avoir "levé" un pan d'Histoire méconnu.
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