La construction progressive de l'arbre
généalogique d'un village, prend parfois tout son sens au détour d'une archive
insolite et offre au jardinier de racines,
à l'amoureux des vies modestes, un étonnement, une leçon de vie, une
idée de l'intime, une récompense qui l'encourage à poursuivre.
Que nous dit cette archive insolite du
village d'Availles ?
Le 25ème jour de mai mille six cent
quatre-vingt
est décédé Jean Guiot, qui a reçu tous les
sacrements
après avoir été paralytique et dépourvu de
l'usage
de tous ses membres à la réserve de la
langue et de son
jugement l'espace de seize ans et est
inhumé dans le cimetière de céans.
René Fradin.
Que pouvons-nous lui faire raconter de
plus ?
Jean GUIOT s'est marié avec Vincente
GAUVAIN, le 10
Juillet 1633, à Availles. Cet acte de mariage est réduit au minimum. Il ne
nous apprend rien de plus, sinon que personne ne signe. La condition sociale
des mariés est peut-être modeste, bien que les GAUVAIN fassent partie parfois
des VIP de chez nous !
Comme il est d'usage à l'époque, nos
tourtereaux, lorsqu’ils convolent, ont probablement plus de 25 ans. On ne se
marie pas jeune au XVIIème siècle, c'est une manière d'assurer la survie de la
famille en prêtant ses bras et c’est également une méthode de régulation des
naissances...
Ensemble, Jean et Vincente auront, sept
enfants (4 filles et 3 garçons) entre 1635 et 1658, soit 23 ans de fertilité.
Les naissances se suivent régulièrement
avec un intervalle de 2 à 6 ans entre chaque petit.
Vincente met au monde son dernier enfant à
l'âge de 45 ans.
Nous ne savons rien du métier de Jean
GUIOT/GUYOT
Sa paralysie survient 16 ans avant son
décès, nous dit le bon curé Fradin. Soit en 1664. Jean GUIOT , 56 ans, se
retrouve paralysé des quatre membres alors que le plus jeune de ses enfants n'a
que 6 ans.
La vie se complique pour cette
famille.
Vincente, épuisée sans doute, meurt, 9 ans
plus tard, à l'âge de 60 ans.
Le petit dernier de la famille a
alors 15 ans.
Les ainés sont là, solidaires pour leur
frère, pour leur père. Forcément solidaires. La date de son décès, mais aussi
le détail de cet acte de sépulture, le ton solennel du curé, l'importance qu'il
apporte à partager le détail de cette âme sauvée, nous donne la mesure du
dévouement de cette fratrie.
Jean GUIOT, peut-être victime d'un accident
vasculaire cérébral, ou d'une mauvaise chute, paralysé des quatre membres, mais ayant gardé toutes ses
facultés mentales et l'usage de la parole, meurt à l'âge d'environ 72 ans.
Après seize ans d’une survie
exceptionnelle face à un problème de santé d'une telle gravité.
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