mercredi 28 juin 2017

X comme prendre un enfant par l'archive. #ChallengeAZ


Dans le répertoire de l'arbre généalogique d'Availles, il n'y a pas de fantaisie, se trouvent en X tous ceux qu'on n'a pas su ou pas pu nommer.
Et parmi ceux-là, les enfants abandonnés.  On les croise dans les registres paroissiaux, dans les registres d'Etat civil, et une Série leur est consacrée aux Archives Départementales, il s'agit de la Série 3 X. Voyons ce que nous disent ces ressources des petits malheureux de notre commune.

Tout d'abord quelques définitions telles qu'elles nous sont rappelées dans le répertoire des AD86
- un enfant exposé est un enfant abandonné anonymement. Les lieux varient du tas de bois au tour d'abandon, en passant par les portes des maisons...
- on appelle "enfant trouvé", un enfant dont l'exposition a eu lieu et qui est né de père et de mère inconnus. Il est réputé par la loi illégitime jusqu'à preuve acquise du contraire.
- un enfant abandonné est un enfant légitime qui, à raison de la disparition, l'emprisonnement ou la condamnation de ses père et mère est assimilé par les lois aux enfants trouvés.
- un orphelin pauvre est un enfant né d'un mariage légitime, qui en raison de l'indigence de ses parents ou de la mort de l'un ou l'autre est appelé à jouir des fondations faites dans les hospices, pour la nourriture, l'entretien et l'éducation des enfants légitimes.


Le 4 novembre 1734, une petite fille est abandonnée au château de Chitré. Le curé de Prinçay la baptise sous condition et lui donne pour parrain et marraine Louis BOBIN et Marie MINOT domestiques. Se sont-ils chargés de l'enfant ? L'histoire ne le dit pas. Mais à l'époque, on règle le problème à proximité.
Nous retrouvons peu d'enfants exposés dans les registres d'Availles et de Prinçay. Un second est baptisé à Availles en 1655.



En 1833, le petit Arsène Nadine, enfant trouvé est confié à Marie AUGEREAU, nourrice d'Availles. L'enfant a-t-il survécu ? Je ne retrouve ni Arsène ni Nadine dans les tables de décès de notre commune pour la période concernée.


A partir du 1er janvier 1834, les enfants trouvés et abandonnés de la Vienne ne sont plus reçus que dans le seul hospice de Poitiers. Qui a eu cette idée étrange d'une centralisation de l'abandon, dans un monde sans transport et sans lait maternisé ? Quelle volonté sournoise cache cette sombre décision ?
Je laisse M. MARTINET, maire de Châtellerault vous exposer son désarroi et son dégoût, 8 jours après la prise de décision.


Le 9 janvier 1834
Monsieur le Préfet , 
La mesure prise par le conseil général de supprimer les tours des arrondissements, dans lesquels on déposait les enfants trouvés, place l'administration des chefs-lieux dans un embarras fort pénible ; voici celui dans lequel nous nous trouvons en ce moment : une inconnue est venue chez l'une de nos sage-femmes, pour faire ses couches ; elle est dénué de tout, elle ne peut allaiter son enfant ; et sans parents, sans asile, cette malheureuse accueillie par une femme charitable est dans la nécessité de se séparer du fruit de son égarement. Je viens de donner des ordres pour qu'il faut porté à Poitiers ; j'ai assuré la sage-femme que le bureau de bienfaisance l'indemniserait des soins qu'ell a donnés et des frais qu'elle a faits. 
Si pareille circonstance ne se présentait que cinq à six fois par an, ce serait pour le bureau une charge supportable et les frais de transport des enfants ne grèveraient pas la commune d'une somme considérable ; mais nous ignorons où cela pourra se borner ; nous sommes exposés à ce qu'on regarde la ville de Châtellerault comme une espèce d'entrepôt, où l'on apportera les enfants qui s'en trouverons plus près de Poitiers : sur quelles ressources  prendre les fonds indispensables aux frais de transport ? Comment même organiser, d'une manière convenable des transports aussi éventuels ? Ne serait-ce point d'ailleurs nous imposer par notre prévoyance, une charge que nous ne devrions nullement supporter pour les autres communes ? 
Vous voyez, Monsieur le Préfet, que si je viens vous demander les secours de votre sagesse, ce n'est pas sans un besoin réel, la matière est bien délicate ; ce sont les premiers soins surtout, que réclame la faiblesse de ces petits malheureux, que nous ne pouvons faire donner ailleurs qu'à l'hospice , s'il était impossible de les transporter : cela peut arriver souvent. Comment en faire entrer d'ailleurs, quand il y a défense d'y recevoir aucun enfant depuis le 1er janvier ? 
Les auteurs de cet essai, que je ne qualifierai pas, de peur de commettre une injustice, auraient du organiser des espèces de convois dans chaque chef-lieu de canton, qui auraient reçu et transporté les enfants trouvé tous au même point, puisqu'on a pensé que cette mesure pouvait produire de bons effets. Toutefois, dans l'état actuel des choses, je prévois beaucoup d'embarras, de dépenses, et je dirai, de dégoût, car il est bien pénible de se voir obligé d'exposer à beaucoup d'accidents, les pauvres êtres qui ne demandent que des soins et du repos. 
Veuillez accueillir avec bienveillance la demande que j'ai l'honneur de vous adresser et recevoir Monsieur le Préfet, l'assurance de mon respect. 
MARTINET. 





C'est en 1910 que le Conseil Municipal de la commune d'Availles vote la création d'un bureau de bienfaisance, ancêtre de la CAF. 


Sources :
AD86  - Série 3 X
Archives municipales d'Availles-en-Châtellerault. 


2 commentaires:

  1. Merci. Une fois de plus un bel article et une belle documentation dont cette lettre de Mr Martinet pleine de bon sens et d'humanité. Bises

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    1. Merci Annick. Les archives de la Série X sont très émouvantes. On s'accroche pour chercher un parcours de vie, l'espoir d'un attachement. La lettre de Martinet est belle et sincère. Le maire de Loudun écrit aussi. Je reviendrai sur ces archives, car à la rentrée, j'espère faire, avec ceux qui le souhaitent, des sorties AD86 à thème, au-delà d'Availles (car les recherches sont parfois frustrantes) faire sortir une belle archive qui illustre un sujet.
      Bises

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