jeudi 22 juin 2017

S comme Santé à #Availles86 #challengeAZ




21 juin 2017, canicule. Si on en profitait pour prendre la température du village et parler un peu Santé. 



Voici notre plus belle archive insolite sur le sujet. Elle date du XVIIème siècle. 

Le 25ème jour de mai mille six cent quatre-vingt
est décédé Jean Guiot, qui a reçu tous les sacrements
après avoir été paralytique et dépourvu de l'usage
de tous ses membres à la réserve de la langue et de son
jugement l'espace de seize ans et est inhumé dans le cimetière de céans. 
René Fradin. 

Que pouvons-nous lui faire raconter de plus ?
 Jean GUIOT s'est marié avec Vincente GAUVAIN, le 10 Juillet 1633, à Availles. Cet acte de mariage est réduit au minimum. Il ne nous apprend rien de plus, sinon que personne ne signe. La condition sociale des mariés est peut-être modeste, bien que les GAUVAIN fassent partie parfois des VIP de chez nous ! 
Comme il est d'usage à l'époque, nos tourtereaux, lorsqu’ils convolent, ont probablement plus de 25 ans. On ne se marie pas jeune au XVIIème siècle, c'est une manière d'assurer la survie de la famille en prêtant ses bras et c’est également une méthode de régulation des naissances...
Ensemble, Jean et Vincente  auront, sept enfants (4 filles et 3 garçons) entre 1635 et 1658, soit 23 ans de fertilité.
Les naissances se suivent régulièrement avec un intervalle de 2 à 6 ans entre chaque petit.
Vincente met au monde son dernier enfant à l'âge de 48 ans. Quelle santé ! 
Nous ne savons rien du métier de Jean GUIOT/GUYOT
Sa paralysie survient 16 ans avant son décès, nous dit le bon curé Fradin. Soit en 1664. Jean GUIOT , 56 ans, se retrouve paralysé des quatre membres alors que le plus jeune de ses enfants n'a que 6 ans.
La vie se complique pour cette famille. 
Vincente, épuisée sans doute, meurt, 9 ans plus tard, à l'âge de 60 ans.
 Le petit dernier de la famille a alors 15 ans. 
Les ainés sont là, solidaires pour leur frère, pour leur père. Forcément solidaires. La date de son décès, mais aussi le détail de cet acte de sépulture, le ton solennel du curé, l'importance qu'il apporte à  partager le détail de cette âme sauvée, nous donne la mesure du dévouement de cette fratrie.

Jean GUIOT, peut-être victime d'un accident vasculaire cérébral, ou d'une mauvaise chute, paralysé des quatre membres, mais ayant gardé toutes ses facultés mentales et l'usage de la parole, meurt à l'âge d'environ 72 ans.
Après seize ans d’une survie exceptionnelle face à un problème de santé d'une telle gravité.
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Les registres paroissiaux et d'Etat Civil nous livrent aussi les morts en nombre, les épidémies, Certains évènements concordent avec des catastrophes connues à l'échelle régionale ou nationale. Voici les années de grande mortalité à Availles. 
1631 – 47 morts (Peste  et famine )
1652 – 51 morts (épidémies peste, choléra, variole, typhus)
1662 – 50 morts (Famine)
1681 – 31 morts
1694 – 30 morts (Froid, famine)
1702 – 32 morts
1710 – 22 morts (Froid)
1738 – 31 morts (mauvaises récoltes, disettes)
1834 – 31 morts (Choléra)
1840 – 28 morts
1871 – 32 morts. ( Variole)
Etc…
A noter : Mortalité moyenne selon les siècle de 7 à 12 décès par an. Population de 500 à  750 habitants environ entre le 17ème et 19ème siècle. 


1871 épidémie de variole à Availles ! 
23 cas répertoriés dont 9 enfants – 14 décès dont 7 enfants.
32 décès dans la commune cette année-là.
Epidémie apportée par les soldats revenus sur Châtellerault.
Face à ce problème sanitaire, décision de translation du cimetière. Il sera construit en dehors du village, à l’écart des habitations.
Source AD86 Série 4 M 160
La série 4 M n'a pas fini de nous raconter la santé à Availles. 

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 La météo prend sa part à la santé du village. 

23 décembre 1662 Louis DUDOIGT paroissien de St Jehan de Chatellerault est trouvé mort dans la neige le long de l'Ozon

(AD86/Availles-en-Chat/S-1629-1687-Vue 18)
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La longévité s'affiche dans les détails, même au XVIIIème siècle 

Le sixième Janvier mil six cent soixante dix huit
est décédéee Jeanne MARQUET femme de deffunt
Melaine FRADIN aagée de quatre vingt huit ans et
quatre mois et est inhumée dans l'église de céans
proche le confesionnal
René FRADIN. 
Jeanne MARQUET est peut-être née 
le 6 septembre 1589 !

Aucune étude statistique encore à notre disposition, mais on semble vivre vieux et bien au village d'Availles ! 

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Que serait la Santé sans le Social ? 
Au XVIIème, au XVIIIème siècle, il n'y a pas de médecine. La longévité tient au hasard, celui d'être passé entre les gouttes des maladies, des accidents, les plaies infectées. 
Vivre longtemps ne tient qu'à une multiplication de coups de chance. 
D'ailleurs c'est assez rare. 
Le XIXème siècle commence à se préoccuper de la misère et de la santé. 
Les délibérations de Conseil municipal nous apprennent que c'est le village qui s'occupe des vieux, des indigents, des malades. La médicalisation progresse doucement. On envoie à l'hopital puis exceptionnellement à la maternité de Poitiers ! Avant la Sécu, il faut payer, et bien souvent le Conseil municipal délibère pour choisir d'aider ou non, tel ou tel availlais en difficulté. 
On aidera les femmes enceintes, puis les familles nombreuses. Quelquefois ces aides obéissent à des directives nationales, quelquefois l'initiative est communale. 
Viendront les premières campagnes de vaccination, le BCG à l'école, les timbres contre la tuberculose, les campagnes contre le tabac, l'alcool. 
On finira même par créer un bureau de bienfaisance à Availles... en 1910 ! 

Source AD86 série 2X6


De l'AVC de Jean GUIOT à l'installation d'un DAE (Défibrillateur Automatisé Externe) au village, cinq siècles d'avancées médicales et sociales se racontent !  


1 commentaire:

  1. Je n'avais jamais vu l'âge tardif des mariages comme une régulation des naissances, intéressant...Merci pour ce billet

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