jeudi 28 mai 2015

Faire parler un AVC au XVIIème siècle.


La construction progressive de l'arbre généalogique d'un village, prend parfois tout son sens au détour d'une archive insolite et offre au jardinier de racines,  à l'amoureux des vies modestes, un étonnement, une leçon de vie, une idée de l'intime, une récompense qui l'encourage à poursuivre. 
Cette archive insolite est à l'honneur aujourd'hui dans
Centre Presse.

Que nous dit cette archive insolite du village d'Availles ? 

Le 25ème jour de mai mille six cent quatre-vingt
est décédé Jean Guiot, qui a reçu tous les sacrements
après avoir été paralytique et dépourvu de l'usage
de tous ses membres à la réserve de la langue et de son
jugement l'espace de seize ans et est inhumé dans le cimetière de céans. 
René Fradin. 

Que pouvons-nous lui faire raconter de plus ?
 Jean GUIOT s'est marié avec Vincente GAUVAIN, le 10 Juillet 1633, à Availles. Cet acte de mariage est réduit au minimum. Il ne nous apprend rien de plus, sinon que personne ne signe. La condition sociale des mariés est peut-être modeste, bien que les GAUVAIN fassent partie parfois des VIP de chez nous ! 
Comme il est d'usage à l'époque, nos tourtereaux, lorsqu’ils convolent, ont probablement plus de 25 ans. On ne se marie pas jeune au XVIIème siècle, c'est une manière d'assurer la survie de la famille en prêtant ses bras et c’est également une méthode de régulation des naissances...
Ensemble, Jean et Vincente  auront, sept enfants (4 filles et 3 garçons) entre 1635 et 1658, soit 23 ans de fertilité.
Les naissances se suivent régulièrement avec un intervalle de 2 à 6 ans entre chaque petit.
Vincente met au monde son dernier enfant à l'âge de 45 ans.
Nous ne savons rien du métier de Jean GUIOT/GUYOT
Sa paralysie survient 16 ans avant son décès, nous dit le bon curé Fradin. Soit en 1664. Jean GUIOT , 56 ans, se retrouve paralysé des quatre membres alors que le plus jeune de ses enfants n'a que 6 ans.
La vie se complique pour cette famille. 
Vincente, épuisée sans doute, meurt, 9 ans plus tard, à l'âge de 60 ans.
 Le petit dernier de la famille a alors 15 ans. 
Les ainés sont là, solidaires pour leur frère, pour leur père. Forcément solidaires. La date de son décès, mais aussi le détail de cet acte de sépulture, le ton solennel du curé, l'importance qu'il apporte à  partager le détail de cette âme sauvée, nous donne la mesure du dévouement de cette fratrie.

Jean GUIOT, peut-être victime d'un accident vasculaire cérébral, ou d'une mauvaise chute, paralysé des quatre membres, mais ayant gardé toutes ses facultés mentales et l'usage de la parole, meurt à l'âge d'environ 72 ans.

Après seize ans d’une survie exceptionnelle face à un problème de santé d'une telle gravité. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire